Sport et Covid-19 : Une étude révèle le risque de contamination à l’extérieur

C’est une étude néerlando-belge qui a fait grand bruit sur le web ces derniers jours. Selon des physiciens spécialistes de l’aérodynamique des Universités d’Eindhoven et de Louvin, les mesures de distanciation sociale préconisées par les gouvernements seraient insuffisantes pour les sportifs et leur entourage proche. Sport et Covid-19 ne feraient donc pas si bon ménage ?

En l’espace de quelques mois seulement, le Covid-19 a réussi à se propager dans de nombreux pays du monde. Des recherches ont montré que la propagation du virus se produisait au moyen des micro-gouttelettes de salive. Aéroportées lorsqu’une personne éternue, tousse ou même expire, elles sont vecteur de transmission. L’inhalation de ces gouttelettes par une autre personne ou le dépôt sur les mains seraient donc des vecteurs de propagation de la pandémie. On considère qu’une personne porteuse du virus, contamine 2 à 5 autres personnes. Et qu’en est-il de la contamination au covid-19 pendant la pratique du sport ?

Distanciation SocialeC’est ainsi que les gouvernements de pays du monde entier ont demandé à leurs citoyens de respecter une distance de 1 à 2 mètres entre chaque personne. Leur objectif est tout simplement de limiter la propagation du virus. Si cette mesure est considérée comme efficace pour les personnes immobiles, il semblerait que les effets aérodynamiques induits par les personnes en mouvement, augmentent la distance requise. Les personnes se déplaçant près de sportifs pratiquant la marche rapide, la course ou le vélo seraient donc davantage exposées.

Des simulations en soufflerie

Au cours de leurs recherches, les scientifiques ont procédé à des simulations en soufflerie.  Ils ont ainsi mis en évidence le flux d’air autour d’un coureur. L’analyse permet également de définir le mouvement et l’évaporation des gouttelettes émises par une personne qui marche ou qui court, en expirant à proximité d’une autre. Le vent extérieur a été considéré comme absent. Différentes configurations de personnes ont été analysées. Côte à côte, en ligne et en quinconce. L’exposition de la deuxième personne aux gouttelettes émises par la première, a ensuite été évaluée.

Footing à Vancouver pendant la pandémie de Covid-19

Footing à Vancouver pendant la pandémie de Covid-19

Des résultats intéressants

Les résultats indiquent que la plus grande exposition aux gouttelettes est obtenue lorsque la deuxième personne est alignée dans le sillage de la première. L’exposition augmente à mesure que la distance entre les deux coureurs diminue. L’étude conclut que si la mesure de distanciation sociale efficace pour deux personnes immobiles est bien de 1,5 m, elle est considérablement accrue pour les personnes en mouvement. En l’absence de vent de face, de vent arrière et de vent de travers, pour un marcheur se déplaçant à 4 km/h, la distance serait d’environ 5 mètres. Pour marcher ou courir en toute sécurité derrière une personne se déplaçant à 14,4 km/h, cette distance serait d’environ 10 mètres.

Des résultats contestés

Cette étude a été publiée par des universitaires des plus sérieux. Mais elle n’a toutefois pas été éprouvée par d’autres physiciens. Des spécialistes d’autres disciplines n’ont pas non plus été consultés pour ajuster les paramètres. Les résultats font donc débat au sein de la communauté scientifique. Jennifer Kasten, professeur adjoint au département de pathologie de l’Université de Cincinnati, a par exemple dénoncé la publication scientifique sur Facebook. Elle déclare que les êtres humains ne sont pas “des buses de pulvérisation générant une brume de gouttelettes sous pression constante”. Elle indique également que l’étude ne prend pas en compte la notion de “charge virale”.

Vers un consensus ?

Cette notion serait déterminante dans la propagation du virus. Bert Blocken maintient la pertinence de sa publication au coeur de cette situation inédite “d’urgence sanitaire”. S’exprimant sur Twitter, il rappelle sa mesure de précaution.

“Lorsque vous passez, essayez de vous écarter suffisamment à l’avance pour pouvoir suivre une ligne droite à côté de l’autre personne. Inversement, si quelqu’un vous dépasse, il est préférable d’attendre une certaine distance avant de vous positionner sur la même ligne.”

Il est d’ailleurs rejoint par d’autres scientifiques, qui estiment que la mesure relève du bon sens. Pour Lim Poh Lian, consultant pour le National Center for Infectious Diseases de Singapour, il existe un “scepticisme sain”.

“Par exemple, si une brise raide souffle . Et si vous êtes à 1 mètre de distance. Selon que vous êtes face au vent ou sous le vent de la personne infectée, cela pourrait diminuer ou augmenter votre risque d’infection.”

La rédaction